SOLIDAIRES FINANCES PUBLIQUES

Les organisations syndicales de la DGFiP ont été invitées par la mission d’information de la commission des finances de l’Assemblée nationale constituée à la suite de la panne Helios pour faire part de leur analyse de la panne d’Helios survenue en février 2026. Cette dernière a révélé la fragilité structurelle des applicatifs de la DGFiP et de son organisation et les risques majeurs qu’elle présente pour la continuité du service public local et hospitalier.

 Une absence de redondance résultat d’erreurs politiques et budgétaires

La panne d’une baie de stockage a entraîné, pendant près de 10 jours, l’indisponibilité de l’application Helios permettant la gestion comptable et financière de l’ensemble des collectivités locales et établissements publics hospitaliers ainsi que de nombreuses applications connexes. La moitié des postes comptables a ainsi été privée de toute possibilité de travailler, l’autre moitié connaissant d’abord un fonctionnement dégradé puis une paralysie totale.

Alors que 20 000 agents de la DGFiP travaillent sur cette application au service de près de 60 000 ordonnateurs, l’administration a fait le choix de ne pas mettre en place de site de secours informatique permettant une complète redondance en dépit des demandes récurrentes de Solidaires Finances Publiques.

Des équipes de maintenance sous dimensionnées

Les équipes d’exploitation Helios ont comme d’autres, vu leurs effectifs laminés par les suppressions d’emplois. Seules 4 à 5 techniciens sont formés en France pour gérer les bases de données Helios. Au delà de la panne informatique, l’organisation même de la maintenance, condition de la continuité du service, est fragilisée par la faiblesse des effectifs. Ce n’est qu’au prix d’un surinvestissement personnel continu de près de deux semaines, soirs et week-end compris, que les collègues ont réussi à reformater la baie de stockage défaillante, faute de matériel de remplacement disponible, sans avoir l’assurance que l’incident ne se reproduirait pas.

 Une communication tardive, partielle et inaboutie

Dès le lendemain de la panne, la DGFiP a fait part de l’indisponibilité de l’application pour une durée indéterminée. Un temps était nécessaire pour réaliser le diagnostic et évaluer le temps de réparation. L’information donnée aux services et aux ordonnateurs a ensuite été partielle et surtout tardive. La direction générale a fait le choix de s’adresser aux associations d’élus et aux prestataires pour informer les collectivités et aux directions territoriales pour ce qui concerne les services de gestion.
Les directions locales n’ont pas toutes répercuté les informations laissant nombre de collègues démunis face aux interrogations des collectivités. Il aurait sans doute été plus efficace de répercuter l’information directement aux postes comptables en relation directe et quotidienne avec toutes les collectivités.

Au-delà, alors que nous étions informés dès le mardi 10 février, qu’aucune reprise d’Helios ne serait possible au mieux avant le lundi 16 février, la direction générale a tardé pour répercuter cette information.

 Une gestion malveillante des personnels

La gestion des personnels pendant l’indisponibilité de l’application a aussi posé des problèmes. Certains chefs de service ont demandé aux agentes et aux agents de poser des congés pendant l’indisponibilité en violation des textes. Alors que certaines directions avaient pris l’initiative bienvenue d’accorder des autorisations d’absence aux collègues concernés, la seule consigne de la directrice générale dans cette période de crise a été de refuser l’attribution d’autorisations d’absence...

 Une absence d’anticipation de la reprise d’activité

La durée de l’indisponibilité impliquait nécessairement une phase de reprise progressive et la détermination d’un mode opératoire permettant de coordonner les opérations.

Faute d’anticipation, les modalités de reprise des opérations comptables ont été envoyées le mardi 17 dans l’après midi après que les services aient déjà du clôturer deux journées comptables.

Une administration centrale qui peine à assumer ses responsabilités

A deux reprises, des responsables de la DGFiP ont indiqué aux représentants des personnels qu’il existait une redondance mais que celle-ci n’avait pas fonctionné. Les experts informatiques de notre organisation nous ont confirmé le caractère erroné de cette explication. Le compte rendu officiel du comité de modernisation de l’application Helios, publié postérieurement le confirme en indiquant qu’est envisagé la création d’un site de secours permettant une « complète redondance ».

 Lors d’un groupe de travail SPL du 19 février , Solidaires Finances Publiques a demandé qu’une communication soit faite à l’ensemble des collectivités locales pour les informer que faute de disponibilité de l’application permettant la confection des comptes de gestion et des comptes financiers uniques et en raison des priorités de gestion consistant d’abord à payer les dépenses, il ne serait pas possible de produire les documents attendus avant le premier tour des élections municipales. La direction générale aurait ainsi évité aux agents des services de gestion comptable de subir la pression des ordonnateurs, l’incertitude de disposer de l’outil et l’obligation de procéder aux opérations de manière précipitée. Les comptables locaux n’auraient pas eu à assumer cette impossibilité ;

Alors que nous interrogions la direction générale sur l’évaluation et la prise en charge des intérêts moratoires automatiquement dus aux fournisseurs, payés avec retard, il nous a été répondu qu’il était trop tôt pour traiter de cette question !

Une catastrophe évitée de peu

Si la panne était intervenue dix jours plus tard, les postes comptables auraient été dans l’impossibilité de verser leur rémunération à des millions d’agents territoriaux et hospitaliers générant des problèmes de trésorerie pour un grand nombre de personnes. La continuité du service public a par ailleurs été menacée par l’impossibilité de payer les fournisseurs !

 La fin des suppressions d’emplois et de la disette budgétaire

Le Gouvernement doit enfin prendre la mesure des conséquences concrètes des politiques d’austérité budgétaire qui délitent systématiquement la DGFiP. La panne Hélios n’est qu’une énième manifestation des choix budgétaires opérés au détriment du service public. Après les accidents industriels de GMBI, de la gestion des taxes d’urbanisme, il est urgent de prendre conscience que la politique du rabot coûte beaucoup plus cher qu’elle ne rapporte ! D’autres accidents sont à prévoir si rien ne change ! Le manque d’agents dans les services ne permet plus d’assurer l’exercice des missions dans de bonnes conditions.

Un plan de sécurisation applicative à mettre en œuvre d’urgence

Il est temps que la DGFiP assure la fiabilité des applications structurantes pour l’exercice des missions en créant des sites de secours informatiques dotés de personnels suffisants. Le plan de résorption de la dette informatique doit être discuté avec les représentants du personnel. Priorité doit être donnée à ce qui est indispensable à l’exercice des missions.

 Un plan de continuité de l’activité à élaborer et à partager

La panne Helios a montré que le réseau n’était pas préparé à faire face à ce type d’incident. Un plan de continuité de l’activité doit être discuté, élaboré et surtout partagé avec les collectifs de travail.

L’ensemble des dysfonctionnements décrits précédemment ne sont pas les seuls incidents conjoncturels, mais reflètent la dégradation globale, et au combien structurelle, de l’état des services au sein de la DGFiP. Solidaires Finances Publiques exige que l’administration prenne enfin la mesure du manque de moyens humains et informatiques qui ont des conséquences catastrophiques sur l’exercice de nos missions de service public, notamment auprès des collectivités territoriales. Cumulés à une absence totale d’anticipation et à l’impréparation manifeste de la direction générale pour faire face à des situations de crise, ces choix politiques de sous investissement contribuent à dégrader les conditions de travail des personnels des services informatiques et des services de gestion comptable.